Sensibilité en perspective
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Réflexions
S'il est bien une atmosphère qui me désarme, tout en me rendant combatif, c'est ce climat du soir, comme celui de cette fin de journée... au moment où le soleil pâlit à l'oblique, jaune légèrement oranger... qui fait briller fort les moitiés d'arbres, de maisons, juste devant une obscurité de même intensité !... l'on y est surpris du dedans, par ces rayons clairement dessinés entre les feuilles et les branches et les troncs !... Cela produit un effet des plus troublantes gaietés, l'âme rêveuse, se détache des croutes plastiques aménagées citadines du quotidien... j'en deviens moyen-âgeux, j'en deviens un poisson d'eau douce en eau claire-obscure, comme les rivières à moult bassins d'avant digues dont l'Ardèche en regorge...
Ma virée en famille me laissa de quoi, à quelques moments, me trouver seul à flanc de vallon des hauteurs d'Aubagne, là où ce creux géant offert à mon corps, mon être, me laisse bouche bée de comment qu'on est si petit dans ce grand tout... Je me sens enfin microscopique, poussière, insignifiant dans cette majesté... toutes mes vanités, mes haines, rêves même, s'estompent, s'effacent, et me rendent à moi même... et surtout à Dieu.
Etrange état-d'âme que ce sentiment de paix et de ridicule, de majesté et de petitesse... Je suis ivre de vie, ivre d'infini, ivre de beautés tétanisantes...
Je comprends alors que le monde de l'invisible est très actif dans le monde visible... Que les djinns, les esprits, peut-être même certains morts, agissent à même les vivants, les physiques... Ils sont traduits par les intentions, les penchants, le Nefs !...
Je me rends compte que ce qui me préoccupe, au de-là du quotidien, moi comme ceux qui voient... c'est qu'on voit ! simplement, on voit !... ce que les autres n'imaginent même pas... on entrevoit, on perçoit les hurlements déments, les douleurs silencieuses-effroyables du futur !... On en sent juste les points-d'accroches où ça commence à virer roussi, à la grande inconscience du grand nombre... notre problème ce n'est pas forcément l'état présent, c'est qu'on est comme des esprits qui avons, un peu comme des rebouteux, des sorcières de jadis, des "inspirés", des poètes, cette sensibilité qui nous fait entrer en transe avec des temps futures, et qu'on sent bien les endroits où l'Infâme débute son appel-d'air !... on devine le scénario comme devant un film, on a déjà décelé le méchant... le "climax", la chute !... Nous sommes un peu comme ces personnes qui voient les esprits ou les morts, nous voyons non pas par vision, mais par sensibilité extrême l'abysse en perspective, à peine "cauchemardable" de notre genre, de notre espèce.
Rouge Le Renard


