J'attends mon tour au guichet automatique, pour retirer mes sous, petits sous, extraire 2 ou 3 ronds de mon humble portefeuille. Il fait soir, noir tôt, frisquet, sous luminaires commerciaux.
Y a 2 clodos juchés sur le sol, à taper la causette pour mendier. Y a leur compagnon, un molosse canin, sorte de pit argentin, résigné à cette condition lui aussi. Ils grattent partout, au tout venant, ceux qui attendent comme moi, ceux qui sont en train de retirer, ceux qui passent, mendicité racoleuse, emmerdante au possible.
Y a un mec devant moi, sorte d'oriental, turc, ou caucasien, libanais, ou je sais pas trop, il a filé une pièce... j'aurais pas dit vue son apparence toute sèche et froide.
Il a acheté la paix. Il pouvait maintenant retirer ses sous tranquille. Du coup, il m'a mis en perplexité, car l'autre : le jeune mendiant au bagout rock'n'roll, il voulait battre le fer tant qu'il était encore chaud, sorte de superstition des bas-fonds, comme on croit en chopant 1 euro, depuis un trou de misère, que c'est un signe d'inversion heureuse du destin ! que Jésus va débarquer dans notre pouille pour nous couvrir d'or et de lumière, mais qu'il vient jamais, alors ça devient plus malin, plus tordu, plus vicelard chez les pauvres. C'est un enfer absolu que d'attendre ton dieu d'amour, ton Allah, ton Jésus, qu'il est tout puissant mais peut-être pas assez pour te sortir de ta merde et foutre une branlée au riche, "ah ce riche, dis-donc !" lui qui a ramené le paradis express ici-même, dans l'ici-bas, te narguer toi et ta pureté d'enculé spirituel ! ta religion pouilleuse faite de ressentiments sanguins, ton humanisme de cocu à perpétuité !...
Fatalement, il a commencé à me travailler au corps, malgré mon signe négatif quand il m'a demandé un sou. Il voulait se coller sur moi, comme une sangsue. Moi je ne le regardais même pas, je l'avais entre-aperçu, en un millième de seconde, assez pour ne pas avoir envie de le voir. C'est ma nouvelle politique pour le nouveau cycle 2012 "Foutche Karaï" "Vade retro étranger", un seul mot d'ordre : Ne m'attarder par aucun des 5 sens sur les gens que j'ai pas envie de souffrir ! le reste ira tout seul, au gré de ma volonté. Je veux plus, je peux plus ! Voir -yeux, entendre -ouïe, physiquement proche -touché, sentir -odorat et goût, des gens qui me dégoûtent. Faut bien garder un petit vernis sociable, histoire de pas s'attirer l'oeil de cyclope des citoyens, quand ils sentent que t'as quitté l'Arche de Noé, que tu préfères Kem à la Judée. Que je veux pas suivre Moïse et ses avatars Jésus et Mohamed, mais que je préfère adorer Thoth !...
Pendant que j'attends, droit, placide, mon tour, derrière ce caucasien oriental qui met une plombe à scruter son compte avant de retirer, y a l'autre qui se sent tout prompt à me cuisiner, même si je ne le regarde pas il me parle, sale sangsue !
- "Ooh, pas le sourire ?" (une jubilation dans sa voix)
Moi, dans ma tête : "Faux ! j'ai le sourire, mais pas pour toi ! et pour peu de personnes"
- "t'es pas heureux ? faut prendre la vie du bon côté"
Dans ma tête : "Putain, ça y est j'ai droit à la philosophie du rebut de la société ! comme si le fait de connaître la pisse et le goudron lui donnait une légitimité tout court dans la Connaissance ! "From my poubelle i will teach you life's meaning !" "Akouna matata" ! A force que la bible leur a donné "un sens" aux loqueteux : "les derniers seront les premiers", "celui qui ressemble au pauvre entrera au royaume de dieu" histoire de refermer sur les peuples le destin d'enfer, conservatisme diabolique, fin de l'Histoire, se gargariser d'être nul avec victoire à la clé ! pendant que les commanditaires de cette religion spéculent ! vifs, infatigables tortionnaires économiques et financiers ! Et puis la république,la démocratie communiste... socialiste, libérale : "Egalité, Egalité, Egalité" ! appuyés par la télé, people grossiers sanctifiés à l'affiche ! du coup le clochard, le prolo, le con, l'ivrogne, l'inculte, les tronches de glaviots, le populo mollardeux, tous ils sont là pleins de culot, remontés à bloc ! capables sans aucune retenue de venir expliquer la vie à un lettré, à un raffiné !... Infernales inversions !...
- "Un sourire, c'est gratuit, ça coûte rien"
Dans ma tête : "T'es sûr ? Pourtant t'aimerais bien que mon sourire se transforme en 1 euro dans ta barquette ! hein ?!... sinon, mon sourire, il vaudrait rien, n'est-ce pas ?!... Misérable commercial des catacombes ! le sourire commercial, le sourire qui vas droit à la maille, au flouze, le sourire alchimique qui transforme la sympathie en euros !... tous les dragueurs savent que le sourire et le rire servent à déculotter la belle !...
- "Tu devrais être content, y a le soleil à Marseille, il fait beau, si t'étais à Lille, la pluie, le froid, moral à zéro"
Dans ma tête : "Moi c'est le soleil marseillais qui me fout le moral à zéro, je te le filerais tout entier le soleil de Marseille, comme aumône ! je préfère la brume, le froid sec, cassant ! je préfère les gens du nord. S'il faisait froid, pluie, tu pourrais pas rester là à m'emmerder. Lorsqu'il il fait très froid à Marseille, l'atmosphère urbaine devient plus clémente, la merde se dilate bien trop au soleil, tandis qu'avec l'air glacial elle se terre, cancrelate, à sa place, dans son trou muqueux. Il me sort le slogan des magazines de voyages ! le soleil égal chouette. Faux, le climat chaud égal pourriture, dans notre ère moderne. D'ailleurs, selon moi, à l'échelle de la planète, la civilisation va de Berlin à la Scandinavie ! tout le reste c'est le monde sauvage !... c'est comme ça que je pense...
C'est drôle ! dans le squelette d'un clodo punky averti, on y aperçoit en grand format tout le négatif du système : "Le sourire" de la pub, du commercial, du banquier, du politicard, de la cime à la racine, c'est la même chichoumaille ! du grand banquier au petit clodo, tous de la même Fraternité ! train direct de la station "humaniste" à la station "Pognon" ! la même tambouille torve de sale sorcier affairiste ! la même occupation du vide spirituel par la météo comme amuse-gueule pour faire rêvasser le client sur un ailleurs en carton, en plastique, d'un supermarché à ciel ouvert en bord de plage, sans mystère, sans sacré, où le mythe de la récompense du travailleur : "sea-sex and sun" se maintient d'autant plus que nulle affection, aucune viande ne semble posséder un esprit, où tout n'est que singerie payante !... Mythe gonflé de vide !... vide frustrant entraîne surdose - surconsommation compulsive de vide !..."
Je retire enfin mes 20 euros, vite vite, il me cause encore, mais là j'ai décroché, ce n'est là qu'un mort qui essaie de s'acheter un ticket pour la vie ! d'ailleurs sa voix provient du fond des enfers !
Je file... dans un monde comptable il faut être expert-comptable méticuleux avec les autres.
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